- Que voulez-vous, j'étais
plus ouverte sur les plaisirs, j'avais besoin de ce contact avec le monde animal.
Peu importait l'endroit, peu importait que je ne sois pas non plus en compagnie
d'un apollon.
- Il y a des jours comme
ça, c'est plus fort que vous, l'envie est trop pressante. Et puis dans
le petit sac dont je ne me sépare jamais, j'avais aussi une boîte
de préservatifs achetée à la gare routière avant
de partir, preuve que j'avais quand même une toute petite idée
derrière la tête. Après tout je n'ai même pas à
me justifier, c'est important dans la vie, TRES important, c'est pour ça
qu'on en parle et qu'on en a envie. Les morts ne le font pas, c'est pour
ça qu'ils sont tristes, ils doivent se contenter de
la fusion des âmes dans leur monde éthéré !
Les deux jeunes amoureux
Jefferson et Louise s'y trouvent. Elle poussa un petit cri de surprise mais
se laissa emmener par son copain qui franchissait déjà l'entrée
et marcha vers l´intérieur, imitée de la jeune fille qui
lui collait comme son ombre. Dans le cimetière, seules quelques croix
en métal ou en pierre sortaient au-dessus de cet épais brouillard.
Michael contournait les tombes, pénétrant davantage dans ce dédale
mortel. Il avait avec lui Louise et lui tenait fermement la main. Puis elle
s'engagea dans l'allée principale, appelant au passage Alex qui lisait
les inscriptions sur les pierres tombales.
- Ce cimetière avait probablement été le théâtre
d'un de ce type d'événement exceptionnel et rarissime qui se serait
déroulé ici, mais dans un autre monde, dit Louise.
- Tu pensais à quoi ?
- Non. A rien. Rien du tout.
Il eut un sourire crispé, elle était très étonnée
du comportement étrange et inhabituel de son copain. Mais ils continuèrent
quand même leur promenade nocturne. Le parfum éphémère
d'une rose laisse parfois la place à un souvenir bien amer.
Un soir de toussaint un cimetière ressemble à une exposition d´un
noir vernissage. Jefferson se tiens debout devant trois tombes sous une arbre
beau comme un cercueil qui pousse, Arrivé à la première
tombe, il ne trouva pas mieux que de lire l'épitaphe gravée en
lettres d'or sur la pierre tombale. Il remarqua que la date de décès
était inscrite le nom de Jim Morrison du groupe de Rock "The Door"
décade de 60. Ses yeux fixes sur le cliché s´ enténèbrent
davantage encore à l´heure d´hiver. Leur divers portraits
se veulent d´un reflet ambre qui les maquillent et en souligne que des
silences creux, pour tenter d´oublier cette triste divise de temps des
amours morts. Au bout d´un moment de silence, Jefferson rejeta la tête
en arrière et soupira longuement, profondément. Lorsque la nuit
était bien sombre et bien inquiétante, il scrutait les alentours
pour essayer de déceler quelque présence mortuaire.
- Nous avons un scénario "Trash", mon amour.
Alors des frissons glacés lui zébraient invariablement le dos,
lui faisant perdre toute contenance et tout sang froid, mais quelque part il
faut dire qu´il adorait cette sensation de frayeur. Puis il saisit Louise
par la main et l´aide à monter sur la tombe d´astre du Rock
qu´il était excite pour l´idée de faire amour là.
Louise a des rires spasmodiques, hystérisée par cette peur aux
relents d'innommable. Que savaient-ils de l'amour, la nuit fatale, maléfique,
où sans le savoir ils le concurrent ? Que savaient-ils d'eux-mêmes
? L'un de l'autre ? Rien.
- Louise, j'ai envie de toi, je t'aime.
- As-tu envie de moi ?
- Euh oui, si tu veux".
Mais de toute façon Louise le voyait bien qu'il avait envie d´elle,
de même qu'elle devait bien se douter que Jefferson désirait un
peu plus qu'une simple câlin sur le sein droit. Alors ses mains descendent
lentement le long du dos et des hanches étroites, partant à la
rencontre des fesses rondes et musclées. Alors sans lui laisser le temps,
la voilà qui ôte d'un coup d'un seul, et son minishort et sa
petite culotte, entraînant pour l'occasion ses deux " shoes ".
Et voici votre cochonne, à poil sous la lune et nue sur une tombe.
- J'espère que ça
ne te dérange pas au moins !
- Oui, seigneur tout puissant,
je suis l'envoyée de malin et je vais m'offrir en ce lieu sacré".
Débauche et bacchanale, je n'ai peur de rien, même pas des flammes
de ton enfer ! Mieux vaut de toute façon souffrir en enfer que retourner
insidieusement au néant ! Et en dessous il y avait le caveau, les squelettes,
les âmes des trépassés. Peut-être étaient-il
en train de nous observer, d'un oeil bienveillant, en regrettant la vie, en
regrettant de ne pas en avoir suffisamment profité, on en profite jamais
assez ! Et puis surtout ils trouvaient ça beau. Louise aime sa façon
de se prononcer durant l'amour, comme elle aime les grandes mains qui savent
se faire si douces pour envelopper, caresser, soupeser les rondeurs de sa féminité,
qui deviennent si curieuses pour délicatement explorer les petits recoins
et les secrets de son corps, pour pénétrer ses ultimes défenses
afin de venir barboter dans son nid d'amour qui se change aussitôt en
une fleur obscène : gonflée, ouverte,
inondée par le désir. Elle éprouve alors le besoin physique
d'entourer de sa main la tension de son membre, dur, doux, chaud, fort, tendre,
impérieux, fragile, tout ce qu'il est aussi lui-même ; elle se
saisit de lui et commence par gentiment le serrer, se déplaçant
sur toute sa longueur, comme pour le calibrer et en apprécier le volume
et les contours ; c'est que c'est une fort belle pièce ! La première
fois, elle en a même éprouvé quelques inquiétudes,
mais elle s'est vite rassurée. En réalité la dimension
de ses amants ne l'a jamais passionnée, mais puisque c'est celui de
son homme, elle apprécie de retrouver ce sexe large et fort qui l'écartèle
délicieusement.
Le sexe est encore recouvert
par la main qui trompe l'impatience du ventre. Louise l'écarte doucement.
La légère toison blonde ne cache rien de la fleur toute rose.
Elle est déjà largement ouverte, pleine de mouille, scandaleuse
: une indécence de luxure délicate et vulnérable, réclamant
son dû, aspirant à être dévastée. Il massait
d'abord les grosses lèvres en lents mouvements circulaires pour ensuite
dégager les petites, l'ouvrant de deux doigts experts qu'il introduisait
précautionneusement à la fin, jamais avant que la puissante mécanique
du désir ait tout inondé. Deux corps qui se chevauchent, deux
corps bien emboîtés et tout cet amour, tout ce plaisir, toute cette
vitalité qui désormais leur échappait, eux perdus dans
l'univers de la pensée pure, froide et figée. Elle jouit intérieurement
de lui abandonner son ventre. Un peu plus tard, elle était laminée,
empalée, défoncée suivant les saints sacrements et avec
la bénédiction des diacres et des chambellans. Et mes
yeux révulsés percevaient dix mille chandelles.
C'était un assez bon amant qui allait droit à l'essentiel, pourvu
d'un bon "aller-retour" et allant au plus profond des choses. Louise
trouvait ça émoustillant de se faire baiser avec ce marbre froid
sous son corps. Est-ce l'attrait mystique de ce temple profané mais
mon copulateur me faisait jouir à répétition et je demandais
grâce alors que lui semblait infatigable ? Il l'a fait retourner à
quatre pattes, elle n'en pouvait plus. Saillie comme une bête, le retour
à la nature, l'essentiel du plaisir. Enfin il s'est effondré
sur elle en ahanant, en hurlant à la lune. Dans le lointain, des chiens
errants aboyaient en retour. C'était beau la vie, vraiment très
beau, ça donnait envie de recommencer, encore et toujours, de tout dévorer
à pleines dents. Justement, il lui restait encore sa bouche et lui la
sienne et toute la nuit devant eux et encore tout plein de choses à explorer
!
Dans ce moment Louise a surpris par la suite à balancer discrètement
quelque chose entre deux tombes. Par être précise, la tombe d´Allain
Kardec :
- Qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce que c'est que ces manigances
?
Jefferson la regardait en rigolant bêtement après ce bon moment
qu´ils avaient passé ensemble.
Au loin, quelque chose bougea et se cacha derrière une tombe. Puis, indiquant
les tombes :
- Qui est là ? Merde ! demanda-t-elle d'une voix tremblante.
Elle avait un désagréable sifflement dans la voix. La chose se
mit dans l'allée centrale. C'était une ombre tout en longueur
et d'apparence humaine qui ne bougeait pas.
- Ne dis pas de bêtise.Viens à moi, je veux un gros câlin,
continua-t-il.
- Que vont-ils penser si
tu salopes leur lieu de vie ? Il faut les respecter, ce sont nos ancêtres,
ce sont eux qui nous ont donné la vie. Il faut garder la tête haute
pour quand nous les rejoindrons. Qu'ils disent de nous "Ils ont baisé
sur nos tombes certes, mais ils ont pris soin de nous. Ce n'était pas
des méchants, des dégueulasses, ils voulaient simplement profiter
de la vie, de ce qu'elle a de meilleur". Tu comprends ? C'est important,
même s'ils ne disent rien parce qu'ils restent discrets, ils comptent
quand même sur nous pour perpétrer la vie.
Jefferson et Louise essayaient
de courir, en vain. Ils sentaient qu'on les suivait. Mais il ne se retourna
pas, cette fois-ci. Jefferson ne vit pas les morts sortir lentement, les uns
après les autres, de leur tombe, déployant difficilement leurs
membres ankylosés, et se remettre à marcher après de nombreuses
années. Sur ce Ils sont sortis sans un bruit de leur demeure en leur
disant "Au revoir". A l'autre bout du cimetière, un feu
follet s'est mis à clignoter : C'est bien la preuve qu'ils existent
quand même. La brume était encore là. deux adolescents marchaient
sur la route. Il faisait nuit. Au loin, on avait l'impression que la brume avait
dévoré le chemin. Arrivés le portail de sortie du cimetière
du village, Maintenant dehors.
- Comment savez-vous si
la terre n'est pas l'enfer d'une autre planète ? Demanda Louise excitée
de l´expérience.
II
Ce qui avait impressionnée
Louise, c'est cette histoire des fantasmes du Père de la Chaise. Elle
en rêvait même la nuit, des cauchemars particulièrement effrayants,
et elle se réveillait en sueur, tremblante de tout son corps, l'âme
des morts gazéifiée qui la poursuivait dans cette terreur insidieuse.
C'était comme les caves, les tombeaux, les rats, les cercueils, toutes
ces choses qui suintent, tous ces vers qui grouillent, surtout ces énormes
mollusques qui se tortillent dans tous les sens. De les imaginer rentrant et
sortant des cadavres putrides, par les trous de nez, quelle horreur ! Ou investissant
sa petite chatte et la dévorant de l'intérieur. Il fallait qu´elle
se lave, à grands jets, au risque de lui bousiller les muqueuses, qu´elle
soit sure que ça n'arriverait pas, jamais ! Un membre gangrené
on peut toujours le couper, mais quand la pourriture t'envahit de l'intérieur,
c'est fini. Le pire dans tout ça ce n'est pas de retomber en poussière,
c'est de devenir comme un gros concombre pourri, tout flasque, tout molasse,
tout spongieux, tout dégueulasse, investi par les parasites.
Ecrivez-moi sur irl70@hotmail.com